22.05.2008

PS. Auprès des ouvriers d’ArcelorMittal, les royalistes courtisent les militants sur le terrain.

Envoyé spécial en Lorraine DAVID REVAULT D’ALLONNES
QUOTIDIEN : mercredi 21 mai 2008

Ségolène Royal et Olivier Besancenot ne sont pas dans le même bateau. Mais ils étaient hier dans le même TGV, à destination de Metz. Avec un dessein partagé, sinon commun : une rencontre avec les salariés d’ArcelorMittal. «Un hasard ? C’est bizarre, quand même», s’étonne la socialiste. Le leader de la LCR, en écho, s’interroge : «Un grand hasard ? Si demain, plutôt que d’y aller les uns derrière les autres, on peut y aller tous ensemble, Ségolène Royal, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, moi-même, c’est tant mieux.» Et Olivier Besancenot de souligner qu’il n’a pas prévu, lui, de visite du site (celle qui était calée par le staff de Ségolène Royal sera finalement annulée par la direction) : «Je ne cherche pas à rencontrer les directions d’entreprises», ici qualifiées de «fieffés voyous». La concurrence à gauche, toujours…

«Désinvolture». Mais pour l’heure, c’est plutôt la compétition interne au PS qui focalise l’attention. Même si, à en croire la principale intéressée, cette escapade lorraine n’a que peu à voir avec la bataille du congrès. «C’était fixé depuis longtemps, assure-t-elle. Je ne veux pas instrumentaliser cette visite. La semaine dernière, j’étais avec les enseignants, et vendredi, je serai avec les pêcheurs.» L’idée est toujours de «parler aux militants comme aux Français». Et d’incarner, au-delà des luttes d’appareil, la figure de l’opposante numéro un, fustigeant hier la «désinvolture présidentielle». Pour préfigurer la suite ? «Un premier secrétaire, c’est quelqu’un qui montre ce qu’est le PS, et en quoi il peut être utile aux Français», glisse le sénateur David Assouline, qui l’accompagne entre visite à l’usine Corus Rail, filiale du groupe indien Tata, rencontre avec les syndicats d’ArcelorMittal à Gandrange et arrêt au piquet de grève de la CGT.

Mais même en terre de sidérurgie, les opérations socialistes continuent. La deuxième liste de soutiens rendue publique, hier, par Bertrand Delanoë, où figurent nombre d’adhérents de base - on y croise néanmoins Jean-Claude Antonini, maire d’Angers, Christophe Girard, adjoint au maire de Paris et Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire de Cachan - est accueillie avec soulagement par le staff royaliste : «Nous, si on va chercher les militants, on en aura des milliers !» Ségolène Royal, elle, sent une «mobilisation» depuis sa déclaration de candidature, vendredi : «Ça a déclenché quelque chose», veut-elle croire. Tout en affectant de ne pas toucher aux «méthodes du passé. Je ne cherche pas à engranger des gens». A l’heure où Michel Sapin la lâche (lire ci-contre), elle ne dédaignera pourtant pas le soutien du premier secrétaire fédéral de Lorraine, Jean-Marc Todeschini, jusqu’ici proche de François Hollande : «Ce sera plutôt Ségolène. Pourquoi la remplacerait-on alors qu’elle a fait le même score que Jospin en 1995 ? Pour le moment, je n’en vois pas l’intérêt.»

«Mon job». Après les primaires socialistes, après la présidentielle, les législatives et les municipales, voilà Ségolène Royal repartie sur le terrain. Avec l’évident souci de l’occuper. «C’est le contraire qui serait un événement, si j’arrêtais et si je disais : "Je me cache jusqu’en 2011." Il faut repartir, à nouveau s’engager, ne pas s’épargner. Je fais mon job.» Sa cinquième campagne en moins de deux ans, donc. Avec, dans le viseur, la sixième et les «échéances difficiles» qui attendent le prochain premier secrétaire. Qu’elle transforme en argument de vente politique : «Je ne suis pas la plus mauvaise pour mener la bataille des régionales.» Ségolène Royal ou la candidate permanente.

20.05.2008

Ségo, mon ps, ma bataille

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A six mois du congrès socialiste, dans un décorum digne des débats participatifs de la présidentielle, Ségolène Royal a devancé ses concurrents au poste de premier secrétaire du parti, en officialisant sa candidature. Après sa promesse, au soir du 6 mai, que l’élan qui s’est levé ne retomberait pas, parviendra-t-elle à convaincre à nouveaux les militants du PS ?

En annonçant à plusieurs centaines de militants réunis dans le XXe arrondissement de Paris, vendredi 16 mai 2008, qu’elle "accepterait avec joie et détermination" de prendre la succession de son ex-compagnon François Hollande, si les militants partageaient ses orientations, Ségolène Royal a déclenché les hostilités au Parti socialiste.

A un peu moins de six mois du congrès - qui se tiendra du 7 au 9 novembre à Reims - et à quelques jours de la sortie en librairie d’un livre publié par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, celle qui depuis son siège de présidente de Poitou-Charentes continue de travailler son image de femme d’Etat. Elle a ainsi choisi d’accélérer le tempo en multipliant les déplacements dans les fédérations socialistes ou en allant à la rencontre des ouvriers d’Arcelor-Mittal de Gandrange, toujours en grève.

Fidèle à sa méthode de démocratie participative, Ségolène Royal a décidé de poursuivre sa démarche en lançant une consultation sur Internet pour préparer le congrès de Reims. Elle y pose dix questions - "Comment produire et répartir autrement la richesse ?", "Quels contre-pouvoirs dans l’entreprise ?" ou encore "Comment rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s’attaquer aux injustices sociales ?" - qui peuvent être modifiées ou complétées par les adhérents du parti.

Soutenue par vingt-cinq fédérations départementales, dont l’Aude, le Var, la Somme ou encore l’Indre-et-Loire, et lancée dans sa campagne de Solferino, elle cherche à nouer de nouvelles alliances et à conquérir les militants socialistes par son Pacte rénovateur.

Des militants - que des milliers de "ségolistes" ont déserté depuis la défaite à l’élection présidentielle - qui, selon le dernier baromètre IPSOS-Le Point, sont 40 % à souhaiter voir Ségolène Royal succéder à François Hollande, contre 52 % pour Bertrand Denaloë...

Royal-Delanoë, la guerre des arguments est déclarée

QUOTIDIEN : mardi 20 mai 2008

La guerre de positions a bel et bien démarré au PS. Ségolène Royal a insisté, hier sur RTL, sur la proximité entre Bertrand Delanoë et Lionel Jospin, signataire du texte du maire de Paris : «C’est une identité politique que l’on retrouve dans ce texte.» 

Et de souligner, chez son concurrent, plusieurs «lignes de différence avec ce [qu’elle défend]», notamment sur la «démocratie participative». Réplique d’Harlem Désir, proche du maire de Paris : «Nous ne critiquons pas la démocratie participative, que Bertrand pratique de longue date, mais le marketing électoral.» Et de renvoyer Royal à sa déclaration de candidature vendredi : «Nous avons décidé de procéder autrement. Il faut partir des idées. La question du premier secrétaire vient à la fin du congrès.» Laurent Fabius, lui, n’est «pas convaincu par ce pugilat», et «espère que l’on va en revenir au débat». Quant à la direction du PS, elle en appelle, via Bruno Le Roux, au «respect»…

 

19.05.2008

Le PS, champ de course-poursuite

Congrès. Royal se déclare, Delanoë s’y prépare et Strauss-Kahn reste à part.

DAVID REVAULT D’ALLONNES

A six mois du congrès socialiste, les opérations se sont nettement intensifiées, ce week-end. Entre accélération de Ségolène Royal, préparation de l’offensive de Bertrand Delanoë et piqûre de rappel de Dominique Strauss-Kahn, «ça se tend, commente un parlementaire PS. La grande confrontation était annoncée depuis longtemps, elle arrive.» Au point que François Hollande ait cru bon de devoir rappeler tout le monde à l’ordre : «Je serai premier secrétaire jusqu’au bout et je veillerai à ce qu’on ait un bon congrès, un vrai congrès» axé «sur les idées, les propositions et les projets», a-t-il indiqué hier sur France Inter.

Ségolène Royal

L’affaire était entendue : l’ex-candidate allait se déclarer ce vendredi soir. Restait à en déterminer le décorum, et les termes. C’est donc en conclusion d’un discours prononcé à l’issue d’un «atelier citoyen» à la Bellevilloise, à Paris, qu’elle a officialisé son appétit pour le premier secrétariat : «Si les militants en décident ainsi et s’ils l’estiment utile pour le PS, j’accepterai avec joie et détermination d’assumer cette belle mission de chef du parti socialiste.» Faut-il voir dans ce timing une volonté de contre-attaquer alors que Bertrand Delanoë vient de rentrer en jeu ? Elle a en tout cas très clairement répliqué à «ceux qui déforment ou dénigrent la méthode que nous avons choisie». Et, dans un décorum digne des débats participatifs de la présidentielle (pas d’estrade, interventions de militants, sièges disposés en cercle), creusé le sillon de l’innovation : «Le PS est bien à la croisée des chemins, celui de la renaissance ou du surplace.» Une entorse d’importance, tout de même, à cette stratégie : Ségolène Royal, qui fustigeait cette semaine les méthodes «à l’ancienne» consistant à aligner les signatures, a dégainé le soutien de 25 patrons de fédérations, petites pour la plupart, quelques moyennes (Aude, Lot-et-Garonne, Somme, Var, Yvelines, Alpes-Maritimes), mais aucune de premier plan. Dans quelques jours, elle devrait tirer une deuxième salve, intégrant parlementaires et grands élus.

Bertrand Delanoë

Deuxième liste de signatures également attendue du côté du maire de Paris pour lancer une semaine rythmée, dans la plus pure tradition de Lionel Jospin, par un plan média réglé au laser. Mardi, lors du traditionnel déjeuner réunissant ses proches, dont l’ancien Premier ministre, seront calés les détails de la journée regroupant ses partisans, samedi à la Mutualité. «L’idée est de bien restituer ce qui a été mal analysé dans la première liste de signatures : qu’il n’y a pas que les Parisiens et les jospinistes historiques, mais aussi tous les autres, qui ont été un peu oubliés et qui seront mis en valeur, commente Patrick Bloche, député de Paris. Il faut montrer une capacité de renouvellement.» Ce jeudi paraît son livre d’entretiens avec Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération, De l’audace !. Où le maire de Paris évoque sa trajectoire personnelle et sa vie politique, ses réalisations et ses projets. Et se pose en «manager», capable de réaliser pour la France ce qu’il a fait dans la capitale.

Dominique Strauss-Kahn

Ça devient une habitude. Souvent, quand le jeu socialiste s’emballe, le directeur général du FMI réapparaît. Après le conseil national de janvier, ce fut de nouveau le cas samedi au Bistrot de Paris, pour un déjeuner avec les principaux dirigeants de son courant. Après une introduction d’une heure et quart, entre subprimes et émeutes de la faim, DSK, se prêtant au jeu des questions, a confirmé son intérêt pour 2012. «Si la France est en situation, et si je le suis aussi, on pourra examiner les choses. Physiquement, je serai là avec vous.» Et d’exhorter ses troupes à «jouer collectif». Le député du Doubs Pierre Moscovici n’a pu entendre la consigne, contraint d’assister au match décisif Sochaux-PSG. Non sans avoir fait lire un mot d’excuse par Jean-Christophe Cambadélis. Avec les divergences stratégiques entre ces deux dirigeants strauss-kahniens, et le soutien apporté à Bertrand Delanoë par plusieurs personnalités du courant, comme le maire de Grenoble Michel Destot, celui de Rennes Daniel Delaveau et Alain Richard, ex-ministre de la Défense, «c’était important qu’il vienne», rapporte un député strauss-kahnien. Un autre socialiste commente : «Il se rend compte qu’il a un courant à feu et à sang et qu’il est en train de se faire piller.» De fait, la réunion de Socialisme et démocratie, hier à Paris, avait bien pour objectif de mettre en scène l’unité de cette sensibilité. «Ségolène Royal, c’est "Je pense ce que vous pensez", Bertrand Delanoë, c’est "Pensez comme moi". Nous, nous devons penser ensemble», a lancé Jean-Christophe Cambadélis, premier lieutenant de DSK. A l’arrivée, un appel dit «du 18 mai», où l’on apprend que «les Français ne nous demandent pas un présidentiable tout de suite». Et, dans le même mouvement, que DSK demeure «un espoir pour la France».

Duel pour le contrôle du PS

La bataille pour la succession de François Hollande au poste de premier secrétaire se durcit. Les deux favoris, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, cherchent à engranger les soutiens. Aubry, DSK et Fabius sont en embuscade.

«CE N'EST PAS encore la cacophonie mais pas loin. » Les états d'âme de ce responsable socialiste en disent long sur les bisbilles qui agitent le PS à six mois de son congrès prévu mi-novembre à Reims (Marne). Les préparatifs du duel entre les deux favoris des sondages, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, pour succéder à François Hollande s'accélèrent alors que les adversaires d'un affrontement entre l'ex-candidate à la présidentielle et le maire de Paris n'arrivent pas à se mettre d'accord.

Espérant contrer la poussée dans les enquêtes d'opinion de son rival, Royal a officialisé sa candidature au poste de premier secrétaire vendredi soir. Face à cette contre-attaque, le maire de Paris a bien l'intention d'incarner « la force tranquille » d'inspiration mitterrandienne. « C'est la stratégie du lièvre et de la tortue : elle court partout mais lui veut prendre son temps et construire patiemment », traduit un proche de Delanöe. Première pièce du puzzle, jeudi, la parution de son livre intitulée « De l'audace ». « Un livre qui parle de lui, de sa vision du PS, de la gauche », a expliqué, hier, Laurent Joffrin, le directeur de « Libération » et co-auteur de l'ouvrage. Le plan médias prévoit un passage au 20 Heures de TF 1, vendredi, et une interview sur Europe 1 dimanche.

En coulisses, la bataille des signatures fait rage. Les amis du maire de Paris doivent rendre publique cette semaine une nouvelle liste de soutiens qui pourrait comporter, selon un proche, « une centaine de noms supplémentaires ». Et un débat le 24 mai, à Paris, doit enclencher « le début d'une dynamique politique ».

Leurs adversaires tentent de se faire entendre

De son côté, Royal, qui est ce matin l'invitée de RTL, a prévu de reprendre ses déplacements en province au contact des Français. Elle sera dès demain au chevet des salariés du site sidérurgique de Gandrange, en Lorraine.

Face au rouleau compresseur, les adversaires d'un duel Royal-Delanoë tentent de se faire entendre. Au lendemain d'un déjeuner avec Dominique Strauss-Kahn, au cours duquel le directeur général du FMI s'est dit « assez déterminé » pour 2012, Pierre Moscocivi a réitéré, hier, sa crainte d'un tel affrontement « délètère pour le parti ». Une contribution sera donc déposée le 1er juillet. Mais la main tendue des strauss-khaniens à Martine Aubry a fait chou blanc. Sur Canal +, la maire de Lille a précisé qu'elle déposerait sa propre contribution. En guise d'appel au calme, François Hollande a cru bon, hier, de rappeler Royal et les présidentiables à respecter « les temps » dans la préparation du congrès. Il a aussi pointé les risques d'affaiblissement du parti. La course au leadership s'est bel et bien emballée.

 

Eric Hacquemand
Le Parisien , lundi 19 mai 2008